"- Marche, marche. Sans t'arrêter, avance, tant que tu le peux encore. Ne prend pas le temps de te retourner. Fonce. "
C'est ce qu'elle fait, Millie. Elle avance, elle dépasse de nombreuses personnes qu'elle ne semble même pas apercevoir. Elle va droit devant elle, suivant la route, peu lui important l'endroit où elle se trouvera à la fin de tout ça, car il doit bien y avoir une fin, à ce cauchemar. Elle tient cette enveloppe des bouts des doigts, dans un dernier espoir de faire croire au monde, et à elle-même, qu'elle ne lui appartient pas. Puis elle se met à courir, elle court de plus en plus vite, de plus en plus loin, jusqu'à ce que la route s'arrête net. Et là, face à elle, le vide. Tout est noir, froid, terrifiant. Quelque chose la pousse, elle perd l'équilibre et tombe, chutant dans ce ravin à une vitesse vertigineuse et tout d'un coup... Elle se réveille en sursaut, couverte de sueur et de larmes. Son coeur bat beaucoup trop vite, elle a le souffle court. Regardant son réveil, elle s'aperçoit qu'il n'est qu'une heure du matin. Alors elle va boire un verre d'eau, se rincer le visage, et retourne dans son lit. Elle ferme les yeux, et part de nouveau dans ses rêves. Cette fois, elle s'y sent bien. Dans son rêve, Millie n'a pas de problème, le compte à rebours n'existe pas. Elle se trouve dans un parc fleuri, au bord d'un lac argenté. C'est le soir, il fait doux, et elle discute avec un jeune homme, qu'elle semble apparemment connaître. Il semble illuminer, et chaque sourire, chaque geste du jeune homme émerveille Millie. Elle ressent des choses qu'elle n'a jamais connu avant, et son rêve lui semble si réel qu'elle se réveille de nouveau, s'attendant presque à le voir à ses côtés. Elle se tourne, regarde autour d'elle, mais elle sait bien qu'il n'y aura personne. Il n'y a jamais personne ici, mis à part elle. En vérité, elle n'aime pas cet appartement, il est trop sombre, et lui rappelle de trop mauvais souvenirs. Son réveil se met à sonner, elle l'arrête machinalement, va s'habiller et descend les escaliers pour se retrouver dans la rue. C'est dimanche aujourd'hui, il fait beau, et chaud. Les rues sont déjà animées malgré l'heure plutôt matinale. Millie traverse la route, et se dirige vers son bar habituel, ou elle prend son petit déjeuner. Pourtant lorsqu'elle entre dans la salle, et va pour s'assoir à sa table, elle se rend compte que celle-ci est déjà occupée, par un jeune homme a moitié dissimulé par son journal. Elle soupire, et va s'assoir ailleurs, attendant que le serveur apporte son plateau. Les pensées de Millie s'égarent aussitôt, s'échappant de son contrôle.
" Mademoiselle, je suis désolé. Les résultats sont positifs.
- Vous... Vous voulez dire que j'ai... Le SIDA ?
- Non, ce n'est pas sûr à 100%. Cependant, vous allez devoir faire un second test afin de vérifier s'il y a eu erreur ou non. Nous voulons éviter toute faute professionnelle dans ces circonstances là, vous comprenez.
- Oui bien sûr."
Étonnement, sa voix ne tremble pas. Elle fixe le médecin, mais son regard semble le traverser de part en part. Et ses souvenirs reviennent encore, les plus anciens, les plus douloureux aussi. Une soirée plutôt arrosée pour fêter un anniversaire d'une amie à elle. Un garçon, qu'elle ne connaissait pas, mais qui lui plaisait beaucoup. Elle se souvient encore de ses yeux verts, de son sourire, de ses regards. Ils avaient dansés ensemble, longtemps, puis il l'avait embrassé comme personne ne l'avait encore fait avant lui. La suite, Millie avait depuis si longtemps tenté de l'oublier qu'elle avait fini par y parvenir, aidée par les verres d'alcool qu'elle avait bu, et par la culpabilité aussi. C'était le petit copain de sa meilleure amie, à l'époque.
" Mademoiselle ? Vous vous sentez bien ? "
Millie relève la tête, et remarque avec gêne que ses joues sont trempées de larme, et que le jeune homme qui avait prit sa place est agenouillé à ses côtés, l'air inquiet. Elle tente de sourire, et murmure un "oui" qui reste coincé dans sa gorge. Il la regarde encore un instant, puis lui tend un mouchoir qu'elle accepte aussitôt. Elle essuie ses larmes, et observe le jeune homme. Elle le trouve beau, mais il y a bien longtemps qu'elle n'a pas regardé un homme avec autant d'insistance, et elle a oublié ce que ça faisait, de ressentir de l'attirance envers quelqu'un. Alors elle ne se pose pas de questions. Mais lui, il a l'air de s'en poser beaucoup, étrangement.